Entre gris clair et gris foncé

10 heures. Une girafe bardée jusqu’au cou de sacs divers et variés quitte sa salle en bénissant Charlemagne qui, dans son impériale bonté, a inventé la récré.

10 h 01 minutes. La girafe constate avec surprise qu’elle a quelques difficulté à garder le cap vers la cafetière de la salle des profs.

10 h 02 minutes. Non, ce n’est pas une soudaine attaque d’arthrite qui empêche la girafe d’avancer, mais bien les vagues successives d’élèves qui affluent dans le sens contraire. Même Moïse a traversé dans le sens du courant ; il est temps de faire demi-tour, d’autant que TOUS les élèves de la Tanière convergent vers un même point. Ca sent bon la bagarre, cette affaire-là… La girafe prend sa course (= elle trottine comme une vieille percheronne sous Prozac)

10 h 03 minutes : les you-you éclatent. Pas un ou deux, non : une tempête, un ouragan de you-you, à vous faire tourner la tête. Ca doit être une bagarre particulièrement jouissive. La girafe haletante s’efforce d’accélérer dans le fol espoir qu’il reste encore quelque chose à sauver. Son regard voilé de transpiration cherche désespérément une lance à incendie. Rien de tel qu’un bon jet d’eau pour séparer les protagonistes. (Enfin, il paraît)(Parce que, non, je n’ai jamais arrosé aucun élève)(Enfin, pas officiellement)(En même temps, on a une lingerie, faut bien qu’elle serve, non ?)

10 h 04 minutes : la girafe arrive en vue d’un grand cercle respectueux autour de deux élèves collés l’un à l’autre. Ils doivent vraiment se foutre la peignée du siècle pour que leurs petits camarades, ces prix Nobel de la Paix en herbe, leur laissent autant d’espace. Une girafe sifflante, suante, dépeignée, fend les rangs. Un gnou se retourne avec un grand sourire. Ma parole, mais il prend des photos ! Manque pas d’air, celui-là ! Dès que j’ai calmé les deux enragés, je m’occupe de son cas !

“Z’avez vu, Md’ame ? C’est un mariage !”

Bon, je pose mes sacs, sont deux, je passe par derrière et… UN MARIAGE ?????????????

Ben oui.

La preuve : Mister Gnou a opté pour du blanc (la couleur du caleçon ne laisse aucun doute avec ce jean taille rase-bitume) et l’autre protagoniste de la pseudo-bagarre n’est autre qu’une ravissante Miss Gnou qui, pour l’heure, s’appuie tendrement sur l’élu de son 06.

A quinze ans bien sonnés, ces deux-là sont tout simplement en train de jouer aux mariés dans la grande tradition des cours de récré de maternelle.

C’est une girafe un peu perplexe, rigolarde et attendrie qui s’éloigne.

18 h. La girafe apprends qu’un de ses anciens élèves est soupçonné d’avoir participé à l’agression d’une femme de son entourage.

Entre gris clair et gris foncé, c’est comme ça que je me sens, ce soir. Mais quoi qu’il arrive, il y aura un peu de blues dans les vacances qui commencent demain.

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Fatigués les gnous? je crois bien…

Entendus par le dinosaure dans une seule et même après-midi de cours:

  1. Lecture d’une phrase d’exercice: “Il était à gifler” …

Euh … non… pas exactement… Le texte original était: “Il était affligé”.

Mais peut-être était-ce un message subliminal quant au contenu du cours du dinosaure?

2. – “Qui a dit moi?”
- “Nous, m’dame!” (avec un superbe ensemble)

Euh…  si les élèves se dédoublent ça va pas être possible là… Jamais le dinosaure n’y survivra….

3. Petit cours de grammaire et glapissement indigné d’Hermangarde-Mistinguette: “M’enfin M’dame! deux verbes être en même temps c’est pas possible!”

Euh… comment dire? Je crois qu’y’a une info qui est mal passée là….

Bilan de l’après-midi: il nous faut des vacances, aux gnous et au dinosaure….

Et, toute réflexion faite, à la girafe aussi qui décrète, sereine: “Mon évier est bouché”, mais qui laisse le robinet ouvert…..

C’est moi où ça sent la surcharge à plein nez?

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S.O.S vacances !

Cher lecteur, c’est une girafe un peu groggy qui t’écrit.

En ce moment, ça twist à la Tanière, ça doit être la neige qui veut ça… Tempête sur la cour et tempête sous les crânes, jugez plutôt :

La girafe : “Alors, mes 6èmes en sucre, rappelez-moi : cette brave Daphné qui a bien envie d’exciter la divine nouille  résiste héroïquement aux avances de ce séducteur d’Apollon, en quoi son pôpa la transforme-t-il ?”

Silence. Pas seulement du au fait que la fatigue me rend définitivement nunuche : ils doivent être un peu atteints aussi, à en juger par leurs yeux de cabillauds déjà panés…

Lonnnnnnnnnnnnnnnng soupir girafesque :

“Allez, les gnous, on a vu ça hier…Daphné est transformée en … En ?

Gurdrun : Euh… En lévrier ?

Regard torve de la girafe qui lutte contre le fou-rire.

Benjamin-Berlingot : … En évier ?”

Là, j’avoue : j’ai arrêté de lutter.

Pour info, cette aguicheuse de Daphné avait été transformée en… laurier. Au moins, ils ont le sens de la rime, ces petits…

Mais vivement les vacances quand même !  

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Quand le dinosaure en voyage devient un malotru (2)….

A few years ago, le dinosaure délaissa la patrie de Dante pour une incursion dans la perfide Albion.

Il n’y alla point seul mais escorté de 42 gnous avides de savoir, de culture et de pratique assidue de la langue de Shakespeare (ben quoi, on peut rêver….).

Pendant une semaine le dinosaure fit de gros efforts pour se montrer l’animal le plus policé qui soit depuis la création de la Terre. Et il était sur le point d’y parvenir lorsque sa meute de gnous dut traverser la route quelque part du côté de St James Park.

Circulation à Londres = beaucoup de voitures, et contrairement à ce qu’on pourrait croire, le conducteur londonien n’est pas so british que ça.

Je vous laisse donc imaginer la situation.

Feu rouge pour les voitures: glapissement de Madame Lily La Baguette: “Let’s go: Hurry up! Hurry up!”.

La harde se met en branle. A la traîne, comme à son habitude, mademoiselle Gazelle Indolente ajuste nonchalamment le sac à main qui lui fait office de sac à pique-nique et ustensiles divers et indispensables à toute jeune gazelle qui se respecte (blush, brosse à cheveux, maquillage, rouge à lèvres et j’en pense) et entame à petits pas comptés la traversée du gué de la route.

En serre-file le dinosaure mouline énergiquement des bras et scande chaque moulinet d’un sonore et énergique “Allez! On y va!” Et quelque peu exaspéré par la lenteur de Gazelle Indolente il la pousse du plat de la main pour qu’elle accélère le rythme. En effet, le feu vient de changer de couleur et les moteurs anglais vrombissent, impatients de reprendre la route.

Le dinosaure presse encore plus Gazelle Indolente et s’excuse auprès de l’automobiliste le plus proche dans son plus bel anglais et avec son plus charmant sourire (le n° 412bis, celui qui fait craquer tout le monde parce qu’il transforme le dinosaure en un adorable petit  chiot très attendrissant).

Mais l’Anglais n’est pas sensible au charme du dinosaure et il n’est pas très patient. D’où une bordée en anglais sur ces froggies qui…..

Qui manient à merveille un certain geste du majeur accompagné d’une insulte en anglais non moins célèbre….

Ouaip… le dinosaure a craqué! Et il a gratifié l’automobiliste anglais d’un superbe doigt d’honneur accompagné d’un non moins superbe et retentissant Fuck, si retentissant que la quasi totalité des gnous en voyage avec lui l’ont clairement entendu!

Et ils se sont empressés d’aller le rapporter à Madame Lily La Baguette, qui, si adorable soit-elle, est un brin rigide et qui a foudroyé du regard le dinosaure, juste avant de rigoler en douce!

Ouf!

Une question se pose désormais: dans quelle langue le dinosaure va-t-il désormais avoir à dire “allez vous faire voir”?

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Initiales B.B.

Ce matin, cours de vocabulaire pour les 6ème de la girafe. Au programme, suffixes à tout va.

La girafe : comment appelle-t-on le petit du chat ?

Norbert-Fouad : le chaton !

La girafe : ok. Le petit du chien ?

Sigismond-Peul : le chiot !

La girafe : le petit du lion ?

Chochana-Victorine : le lionceau !

La girafe : Bon. Et la petite maison ?

Lydia-Frédégonde : La maisonnette !

La girafe : Le petit du canard ?

Mustapha-Clodion : Le canari !

Œil format soucoupe de la girafe qui, avec l’aide de quelques bonnes âmes, rétablit le “caneton” dans ses droits.

La girafe : Hem… Et le petit de l’aigle ?

Katy-Gomatrude : ça, je sais, m’dame ! Un n’igloo !

Sally-Brune : Et le suivant, c’est la petite île… Une idiote, m’dame, c’est ça !

A l’heure qu’il est, les élèves en gloussent encore… Et moi, je continue à me demander à quel moment ça a pu déraper !

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Quand le dinosaure en voyage devient un malotru…

Le dinosaure est un être policé, tout de calme et de retenue… tant qu’on ne vient pas trop lui chatouiller le menton avec des balivernes.

Il est un moment où le dinosaure est particulièrement chatouilleux, c’est quand il a charge de 40 et quelques âmes de jeunes fauves en mal de découverte… , bref quand il est en sortie scolaire, et tout particulièrement en voyage à l’étranger.

Parce que le dinosaure est un anxieux de nature. Ne vous fiez pas à son allure de gros dur, il flippe en permanence 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour tout et n’importe quoi! Alors quand des parents plus ou moins inquiets lui confient leur progéniture adorée pour quelques jours il est mode flippage +++++++++++++++++++++

Pourvu que ça leur plaise!

Pourvu qu’on en perde pas un!

Pourvu qu’on ait pas un malade!

Et j’en passe….

Mais l’angoisse la plus récurrente et la plus constante est celle du “pourvu qu’on en ait pas un qui passe sous une voiture!”

Pour éviter tout écrasement intempestif de gnous en goguette à l’étranger le dinosaure n’hésite jamais à faire rempart de son corps musculeux afin d’éviter qu’un véhicule motorisé ne roule sur un de ses protégés. Et parfois cela dégénère un chouia….

Rome, Le Vatican, via della Conciliazone. Feu rouge pour les voitures, feu vert pour les piétons. Minuscule passage clouté. 37 gnous à faire traverser.

Le dinosaure se place dos aux voitures arrêtées au feu et lance la grande transhumance des gnous. A grands renforts de bras et de “Allez, allez, on se dépêche” il fait traverser sa harde. Las! Le feu ne reste vert qu’un bref instant et lorsque le rouge de fin de transhumance resurgit il reste 4 gnous à faire traverser.

N’écoutant que son courage, le dinosaure leur fait signe de se magner les fesses et  de libérer au plus vite la chaussée pour les voitures, non sans avoir au préalable fait signe au conducteur de la première voiture qu’il n’y en avait pas pour longtemps.

Et là, ledit conducteur de faire vrombir son moteur, de commencer à râler dans son plus bel italien et de faire avancer sa voiture jusqu’à ce que le dinosaure en sente le parechoc sur ses petits  mollets musclés. Le dinosaure ne bougeant pas d’un pouce (selon le vieil adage de tout prof un minimum consciencieux: “Mieux vaut finir soi même sous une voiture que d’y laisser un élève”) le conducteur se met à l’insulter en italien, sans doute persuadé que la langue de Dante était une parfaite inconnue pour l’animal préhistorique!

Manque de bol! Dante et le dinosaure c’est une belle histoire d’amour. Et à trop chauffer les oreilles du dinosaure on rencontre sa colère.

D’où une volte-face brutale de l’animal et un beuglement profond digne du plus primitif des supporters de foot “E va fan culo” accompagné de quelques autres insultes de bon aloi que la décence m’interdit de nommer ici.

Le dinosaure 1-l’automobiliste italien 0.

Bon, après, ça a été dur d’éluder les questions des gnous qui voulait connaître le sens exact de propos si efficaces….

Croyez-vous que cela aurait servi de leçon au dinosaure?

Que nenni…

Mais ce sera pour un prochain article….

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Toujours plus baaaaaaaas…

“En ces temps troublés où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu’il faille brouiller l’image de cette institution sociale essentielle qu’est le mariage.”

N. Sarkozy, à propos d’une éventuelle légalisation du mariage homosexuel. (février 2012)

Le président situe donc les repères moraux de ses concitoyens entre leurs cuisses.

Je sens qu’on progresse…

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