Ode aux mères de famille nombreuse

Ou le truc que tu pensais ne jamais écrire, principalement par méconnaissance absolue du sujet, mais que la fréquentation de 40 gnous pendant une semaine te pousse à élaborer minutieusement, jour après jour.

Ca a commencé en fanfare le matin du départ. En fanfare, car nous sommes partis dès potron-minet (aka, 6 heures du mat’ et des poussières) et que donc, à cette heure pour le moins matinale, le glapissement hystérico-furibard du dino a profité à tout le voisinage quand l’animal, parvenu au 8 ème recompte, a jailli sur les marches du bus en proclamant :

“Y m’en manque un !”

Sur ce, cet animal tout de mesure et de délicatesse a promis à l’absent une mort lente. J’ai vaguement entendu un truc fleuri à base de figues molles balancées dans la tronche, mais à ce stade, je ne suis plus sûre de rien puisque je numérotais mes abattis, tout comme les géniteurs de gnous présents, lesquels, malgré leur désir de faire coucou à leur progéniture sur le départ, avaient prudemment reculé de trois bons mètres.

Sur ce, la malheureuse mère qui avait osé (com)mettre au monde cet être juvénile totalement dépourvu de ponctualité est arrivée lancée au trot, remorquant une valise de la taille de la Suisse et un ado mal réveillé qui s’est néanmoins platement excusé d’avoir mal lu les 4 documents informatifs et les 2 messages internet sur lesquels l’heure du départ figurait en caractères gras et soulignés. Le dino l’a fait grimper à fond de train en se retenant très fort de le lui botter (le train) et nous avons décollé.

Enfin, c’est métaphorique (et c’est ça qui est drôle)

Parce que pour décoller, justement, il fallait arriver à l’aéroport.

Je crois que c’est là que j’ai commencé à VRAIMENT admirer les mères de familles de tous pays et de toutes couleurs.

Par contre, je ne sais pas quand cette vague d’admiration m’a submergée.

Peut-être quand Miss Earl-Grey-Fleur-de-Lotus, qui drive au quotidien ses deux boutons d’or avec un soucis de la perfection digne d’éloge, a insisté pour nouer les rubans turquoise identifiant nos valises en faisant des ganses parfaitement égales parce que “c’est plus joli quand même”.

Ou bien quand Erwan-Mustapha, seul garçon du troupeau de gnous qui souhaitait se rendre aux toilettes, a eu cette phrase merveilleuse : “Je suis VRAIMENT obligé d’y aller seul ?” (Euh… Oui.)

Encore qu’en y réfléchissant, c’est peut-être venu plus tard.

A la fin de la journée. Faut dire qu’après 39 “Quand est-ce qu’on mange ?” on admire celles qui assument ça 365 jours par an, fût-ce en comité plus restreint.

Y a eu aussi la fameuse épreuve de la valise – dite aussi, “on-t’aura-à-l’usure” qui consiste à trier-secouer-replier le contenu d’une dizaine de bagages par soir, en entrant dans des détails délicats avec toute la diplomatie possible (genre : “Brandon-Appolin, il est propre ou sale, ce boxer ?” Curieusement, quand tu as marché toute une journée, “Euh… Chai pas M’dame Girafe ! Vous en pensez quoi ?”  n’est PAS une réponse tout à fait satisfaisante)

Découvrir au bout de 3 jours que la trousse de toilette d’un gnou est restée tout au fond de la valise et que donc cet adorable poulbot vient de passer plus de 72 heures sans laver un centimètre de son corps de (futur) Apollon ne t’aide pas non plus à bien digérer ta moussaka vespérale.

Surtout quand il s’avère que ce gnou-là est précisément celui qui a roupillé sur ton épaule durant une partie du trajet en bus l’après-midi même.

Je lui en veux toujours un peu, d’ailleurs. (Le fait que le gamin se soit réveillé frais comme un gardon en proclamant que “Mâââme Girafe, elle est bien confortable” n’a bien entendu aucun rapport avec cette rancune tenace)

Mais ce que j’ai surtout compris, c’est que quand tu as beaucoup, beaucoup d’enfants, eh bien… Tu es la victime de malédictions ciblées visant toutes, sans exception, à mettre à mal tes projets, même les plus innocents.

Le dernier soir,  la girafe et le dino, écroulées sur les lits de leur chambre commune, ont échangé un regard extatique. Il était 22 heures passées, tout le monde semblait carré dans ses pénates, et le dino a lancé cette phrase ravie :

“Une nuit de 8 heures à l’horizon ! Que les Dieux soient remerciés !”

Avant d’éteindre la lumière.

Pour la rallumer, 5 minutes après.

Manifestement, les Dieux avaient décidé que le groupe d’étudiants de l’étage au-dessous ferait la nouba dans les couloirs et trouverait très sympa d’aller cogner aux portes de nos p’tites louloutes de 6ème, lesquelles, totalement tétanisées, appliqueraient fidèlement la consigne, à savoir : en-cas-d’urgence-tu-appelles-le-prof-et tu-le-laisses-gérer

C’est-à-dire rappliquer fissa, au top de sa glamouritude personnelle (en pyjama et claquettes en plastique) pour veiller à ce que les malotrus regagnent leurs pénates, puis camper 35 minutes, le cul sur la moquette, pour s’assurer que le calme obtenu n’était pas illusoire.

Le bonheur.

Et comme en voyage, tu es une mère de famille itinérante, il peut aussi t’arriver des trucs sympas qui excèdent les anecdotes de grandes smala classiques… Je te raconte ça très vite !

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6 commentaires pour Ode aux mères de famille nombreuse

  1. allezzou dit :

    Hummmm…. Ca s’annonce bien !!! 🙂

  2. la girafe dit :

    Et ce n’est pas fini !!! (teasing….)

  3. Anne dit :

    Démarrage… Ok! Je rigole, je rigole mais je me rappelle que je suis mère de famille nombreuse!

  4. la girafe dit :

    Crois-moi, tu as TOUTE mon admiration, Anne !

  5. Ariane dit :

    Moi aussi, moi aussi, je suis une mère de famille nombreuse (quatre, ça compte ?) alors bravo ! Je les ai perdus ou oubliés chacun au moins une fois… Par contre, « qu’est-ce qu’on mange ? », ça, c’est insupportable, 365 fois par an ! Moussaka pour tout le monde, tiens !

  6. la girafe dit :

    Oh oui, ça compte, Ariane ! Excellent choix, la moussaka ! Ca fait manger des légumes à tout ce petit monde… Bon, avec une bonne dose de béchamel en prime, mais vive les plats complets !

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