Ce n’était pas les chaussettes de l’archiduchesse. Et elles n’étaient pas sèches non plus (Croyez bien qu’on le déplore…)

Quand tu bosses avec des ados, tu découvres assez vite, toi qui est payé pour leur ouvrir l’esprit, que tu n’abordes certains sujets qu’à tes risques et périls. (Quelqu’un me souffle dans l’oreillette que c’est bien fait pour mes fesses parce qu’en fait, je suis payée leur faire gober en temps limité un programme délirant. Cooooooomment ? On m’aurait menti ????)

Enfin, bref, sache qu’il y a pire que la religion, l’homosexualité et le talent de Justin Bieber comme sujet casse-gueule.

Nan, le plus délicat à aborder, c’est… l’hygiène.

A côté, un débat sur le port du voile à l’école ressemble à une virée shopping avec une carte gold.

Pourquoi ?

Parce qu’il n’y a pas de bonne raison de parler d’hygiène à un ado. Faites le test : vous avez déjà complimenté un gnou de 15 ans sur la propreté de ses dents et l’absence d’auréoles en dessous des bras ?

Nan, hein ?

Et inversement, imaginez que vous soyez dans l’obligation de faire remarquer à un petit être en devenir que le fumet de sanglier en rut qu’il remorque est certes, un excellent chasse-mouche, mais compromet quelque peu la concentration de ses camarades ?

Bref, l’hygiène, c’est THE sujet impossible que les profs évitent courageusement.

Sauf que parfois, dans l’exercice de ton métier, tu te retrouves le nez dedans, au sens littéral du terme.

C’est là que la Grue-Cendrée entre en scène.

La Grue-Cendrée, qui enseigne le sport à la Tanière, se trouve parfois à court d’équipement, notamment pour la gym, et dans ces cas-là, elle va bosser avec ses élèves dans une petite salle borgne assez malcommode, mais qui a le mérite de comporter bon nombre de tapis de sol.

C’est ce qu’elle a fait cet après-midi.

Quand je l’ai rejointe pour faire passer une information aux élèves, les gamins, en tenue de sport, avaient investi les lieux depuis dix minutes environ, et suivant les instructions de leur professeur, ils s’étaient déchaussés.

Je suis entrée et… Comment dire ?

J’ai du faire appel à toute ma maitrise mondaine pour ne pas vomir.

Je n’étais d’ailleurs pas la seule à être dérangée ; Polux-Lhommond, un des élèves de la classe, n’a pas tardé à froncer un sourcil préoccupé :

“Y a quelque chose de pourri dans cette salle, M’dame ! C’est horrible, cette odeur ! Y nettoient pas ou quoi ?

La Grue-Cendrée : Pollux, tu vois bien qu’il n’y a pas la moindre saleté ici. La pièce a été aspirée hier, tout a été briqué et nous sommes les premiers à l’utiliser aujourd’hui. Non, je crois que cette odeur désagréable vient du bas….

Polux-Lhommond : Du bas ? Y a un truc au sous-sol ? Y faut au moins des substances chimiques pour produire ça, c’est pas possible que ce soit naturel, un truc pareil !!!

La Grue-Cendrée : Vu qu’il n’y a aucun laboratoire caché au sous-sol, je ne pense pas qu’il faille descendre si basA priori, ça vient de vos pieds.

Polux-Lhommond : ??????? ”

Les gnous ont du se rendre à l’évidence et ils auraient peut-être rougi s’ils n’avaient pas été aussi verts. Quant à moi, je me suis courageusement carapatée.

La prochaine fois que j’envierai tout haut les profs de sport qui n’ont pas de copie à corriger, bombardez-moi de flacons de déo. Je le mérite.

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5 commentaires pour Ce n’était pas les chaussettes de l’archiduchesse. Et elles n’étaient pas sèches non plus (Croyez bien qu’on le déplore…)

  1. Alainx dit :

    Ah ! l’odeur de la basket en rut dès potron-minet au coin des salles de gym…..
    Tu es trop civilisée pour apprécier !
    ^^

  2. Amanda dit :

    J’ai eu un collègue prof de gym qui a publié un jour ( en réaction à nos « reproches » de ne pas avoir de corrections ) un poème délirant traitant du parfum délicieux régnant dans la salle après un cours de gym de filles….Tu te doutes à quoi il faisait allusion, rien ne change donc !!!

  3. la girafe dit :

    Tu as raison, Alain ! « La bonne éducation, des fois, c’est un problème » disait Muriel Barbery, dans L’Elegance du Hérisson…
    Franchement, Amanda, je ne sais pas comment font les collègues qui supportent ça tous les jours… Après coup, la Grue a parlé de « décharge à ciel ouvert » et franchement, les mots n’étaient pas trop forts (contrairement à l’odeur…)

  4. Anne dit :

    Les miens de « puent des pieds/vêtements/sacs » sont trop jeunes pour être responsables de leur hygiène… Et c’est d’autant plus difficile à accepter!

  5. allezzou dit :

    Oui, les profs de sports, s’ils n’ont pas de copies à corriger, ont d’autres inconvénients : pas de tables et de chaises pour y ranger leurs élèves, des odeurs pathogènes et des cours dépendant de la météo bien souvent…
    Mais du coup, ils développent un sens de l’observation des élèves, et des compétences de gestion du groupe bien au-dessus de la moyenne : c’est très intéressant de les entendre dans un groupe d’analyse des pratiques ; ce sont souvent eux qui ont les meilleures idées !
    🙂

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