Le râteau du dinosaure (it’s specially for you Tamara!)

Non, ami lecteur, ce n’est pas de jardinage dont il s’agit ici… même si le titre peut y faire penser.

Lorsque le dino était un jeune et fringuant nouveau prof, lorsqu’il fit ses premiers pas à la Tanière, il lui arriva une drôle d’aventure.

A cette époque, la salle sise en face de la salle personnelle du dino servait souvent d’annexe à l’étude.

A cette époque, les gnous qui peuplaient la Tanière étaient particulièrement durs… Pour te donner un exemple, la girafe, au cours d’une discussion avec un membre de la P.J (suite à une obscure histoire de barrette de pseudo-chocolat transitant entre les mains de ses gnous adorés), a soudain réalisé que 2/3 des élèves de deux de ses classes étaient déjà fichés à la P.J pour des raisons diverses et variées, allant du simple vol à l’étalage au recel d’objets volés en passant par quelques soupçons de trafic de drogue (ben oui, les tablettes de pseudo-chocolat quoi…).

Bref, par une froide journée d’hiver,  le dino sort, en début d’après-midi, de sa salle pour récupérer ses gnous à peu prés rangés devant ladite salle. En plus de ses gnous il trouve une horde de gnous avides de sang, la bave aux lèvres à l’idée de passer toute une heure en compagnie de Fragile-Camomille, un des bébés léopards d’alors. Ca hurle à qui mieux mieux, ça se bouscule, ça s’insulte, bref ça sent bon la poudre et l’explosion thermonucléaire imminente.

Le dino fait rentrer fissa ses gnous du moment, des mini 6emes tout gentils eux, et un peu effrayés par la horde attendant d’aller perdre une heure en permanence. Au passage il refoule Mini Pou Vindicatif qui essaie de s’introduire dans sa salle (sans doute dans l’intention louable de venir boire avidement à la fontaine du savoir du dinosaure, mais bon….).

– Non, Mini Pou, tu ne viens pas avec moi, tu vas en permanence avec Fragile-Camomille.

– Ouais, M’dame, allez, M’dame! Vas-y, fais pas ta …..

– Mini Pou, j’ai dit non! point barre et fin de la discussion.

Etrangement, Mini Pou obtempère et se dirige, non sans traîner ostensiblement des pieds, vers la salle de permanence, sous l’œil vigilant du dino et sous celui, déjà fatigué, de Fragile-Camomille.

Mais au moment de passer le seuil de la permanence, voilà que Mini Pou fait brusquement volte-face , vient se planter devant le dinosaure, l’œil goguenard et un brin égrillard, et lui lance avec un grand sourire (tu sais, celui qui immédiatement te déclenche des démangeaisons vigoureuses dans la main, démangeaisons pour lesquelles le seul remède est une bonne claque administrée à l’insolent, mais tu n’as pas le droit…. dommage!):

“C’est bon, là, arrêtez de me regarder comme ça, j’aime bien vos chaussures (ce jour-là le dino portait de superbes chaussures bordeaux) mais je veux pas sortir avec vous!”

Et un râteau, un!

C’est un peu interloqué que le dino est entré dans sa salle retrouver ses mini gnous de 6eme qu’il avait 2 heures d’affilée. C’est quand même peu banal de se prendre un râteau de la part d’un gnou d’à peine 13 ans alors qu’on n’a rien demandé en prime…. mais la journée n’était pas finie…

La nuit tombait lorsqu’on frappa à la porte du dino. Sans attendre de réponse ou d’invite à entrer Long Haricot Ironique, grand rugbyman devant l’éternel, fait irruption dans la salle et réclame au dino un morceau de craie.

Las, le dino en est réduit à écrire quasi avec ses griffes sur le tableau avec le minuscule bout de craie qui lui reste. Il le montre donc à Long Haricot Ironique et lui explique que non, il n’a pas de craie à lui fournir.

Et là, Long Haricot de se caler contre le chambranle de la porte, de scanner le dinosaure sur toute sa hauteur et de lui déclarer, très calme et l’œil coquin, “ben à défaut de prendre la craie, je vous prendrai bien moi, vous, là, sur le bureau!”

Euh…. comment dire? là, tout de suite, sans avoir pris un café et un petit peu discuté ensemble, sans avoir rencontré madame Mère, sur le bureau couvert de copies, devant mes mini gnous de 6eme, euh…. comment dire? non, je le sens pas trop ce coup…. Mais en même temps c’est très gentil de me manifester tant d’attention après le monumental râteau que m’a infligé voilà tout juste une petite heure Mini Pou Vindicatif, mais non, vraiment, je ne voudrais pas abuser de tant de gentillesse, et puis je suis un peu vieille pour Long Haricot Ironique, et là présentement je ne me sens ni une âme de cougar, ni une âme de grande initiatrice du sexe en milieu scolaire…

Alors devinette du jour: comment fait-on quitter sa salle gentiment, sans s’énerver, à un grand gaillard qui fait deux bonnes têtes de plus que vous, qui peut d’une simple gifle vous faire tourner pendant 3 jours dans vos chaussures (aussi belles soient-elles) et qui manifestement est à l’instant présent assailli par un flot surpuissant d’hormones?

J’attends tes suggestions, ami lecteur.

Sache toutefois que j’ai réussi à ce que Long Haricot quitte ma salle sans avoir attenté à ma pudeur naturelle et que j’ai fait cours pour le restant de l’heure le dos collé à la porte d’entrée de ma salle que j’avais soigneusement fermée à clé.

Courageux le dino, oui, mais pas téméraire!

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5 commentaires pour Le râteau du dinosaure (it’s specially for you Tamara!)

  1. Flocon dit :

    Aucune suggestion, mais des souvenirs très proches de celui que tu rapportes, et de la sympathie car ce ne sont pas des choses faciles. J’ai ri en te lisant, bien sûr, mais j’ai aussi grincé des dents.
    Il y a eu des suites dans l’établissement? 🙂 Comment ta classe de sixième a-t-elle vécu l’incident, par exemple?

    • le dinosaure dit :

      Les sixièmes n’ont pas vraiment réalisé ce qui se passait.
      Quant aux suites dans l’établissement, à l’époque le Grand Lion qui officiait était partisan du « no sanction ». Autant dire que je n’ai même pas pris la peine de faire remonter officiellement l’histoire, je me suis contentée d’en parler en salle des profs. Les collègues ont bien ri, et y’en avait sacrément besoin à l’époque.

  2. Tamara T. dit :

    Non mais heu… c’est une blague, là ? Parce que moi, 6èmes ou pas 6èmes, le Long Haricot se serait pris un aller-retour, il aurait compris sa douleur !
    Il t’arrive de ces trucs, toi ! Merci pour la dédicace, je suis touchée et flattée (et accessoirement, morte de rire qu’un élève pense que tu le surkiffe.)
    Sur ce, je m’en vais faire attention à ma consommation de chocolat, j’ai peur d’être fichée…

    • le dinosaure dit :

      Vu le gabarit de Long Haricot, et vu le mien, j’étais certaine de perdre au jeu de l’aller-retour. Et je ne veux pas de sang sur mon sol de classe! ;:)
      Et oui, je vis des choses étranges… C’est la Tanière qui veut ça!
      P.S: Fais gaffe avec le chocolat…

  3. Flocon dit :

    D’accord, merci de la réponse. J’ai bien connu des situations comparables et en effet, le rire commun est alors un bon remède : ça évacue les tensions, c’est toujours ça de pris. Faute de grives…
    L’essentiel au fond est que le garçon n’ait jamais recommencé ce genre de choses avec toi (je n’ai pas vécu moi-même le harcèlement par un élève, mais j’ai connu une collègue qui l’a vécu, sans recevoir aucun soutien dans son établissement : c’était l’horreur, et je pèse mes mots).

    Tant mieux si les enfants n’ont pas compris de quoi il retournait, quoique… Certains ont bien dû saisir quelque chose du sens de la scène, mais bon, on n’y peut rien.
    Bon courage! 🙂

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