Syndrome de l’huitre

Quand je suis devenue prof, j’ai appris tout un tas de trucs vraiment sympa : comment faire tenir une page de leçon, quatre exercices, vingt questions, deux fous-rires et un chahut dans cinquante-cinq minutes de cours, comment consacrer le minimum d’énergie à remplir cette chose totalement inutile qu’est le cahier de texte, comment faire tenir vingt-cinq documents sur dix photocopies (économie de papier oblige), comment repérer en un quart de tour les chevelures dans les batailles rangées, sachant que les bagarres, c’est comme les salades de crevettes : préserver les têtes, c’est la garantie d’un résultat esthétiquement correct au final…

Mais après deux semaines consacrées aux conseils de classe et aux bulletins, je me suis dit hier que décidément, il y avait un truc auquel je ne me ferai probablement jamais : la gestion du géniteur d’apprenant.

Il faut dire qu’à la Tanière, aucun bulletin n’est envoyé : tous les parents sont sensés se déplacer, un soir par trimestre, pour récupérer le précieux sésame et accessoirement, échanger avec les collègues sur le devenir de leur trognonne progéniture.

En pratique, ça donne ça :

La girafe : “Enguerrand-Prout-Prout, ta maman n’est pas venue à la réunion, hier soir ?

Enguerrand-Prout-Prout : Non m’dame ! Elle a oublié !”

Et un rendez-vous individuel à fixer, un !

La girafe : “Et toi, je n’ai pas vu tes parents non plus…

Scarlettdelacroûte :”Ah ? Sont pas v’nus ?”

Ben non. Mais rassurez-vous, à partir de là, le boulot est bien réparti : Scarlettdelacroûte et ses parents vont continuer à se contrefoutre du bulletin, et moi, je vais commencer à leur courir après pour le leur remettre.

En la matière, chaque trimestre apporte son lot de variantes inédites. Ce trimestre, j’ai eu :

“Vous rencontrer ? Moui… Mais pas avant 18 heures alors ! Avant, j’ai bridge !”

Hum… Moi, après les cours, j’ai une vie. Oups, pardon, je deviens vulgaire…

“Je voudrais un rendez-vous individuel, s’il sous plaît. J’ai HORREUR de vous rencontrer en même temps que tout le monde !”

Bien sûr, chère Madame ! J’aurais du penser à ménager ainsi le confort de tous mes parents d’élèves. Evidement, avec 25 rencontres à prévoir, ça va être un poil compliqué, mais je suis sûre que Grand Lion acceptera que je dresse un lit de camp près de la photocopieuse !

“La réunion de remise des bulletins ? Ah mais je travaille, MOI !”

Ah bon ?  Moi, j’enfile des perles, Dugenou cher monsieur !

“Maman m’a dit de vous dire qu’elle arrivera 30 minutes plus tard que prévu.”

Merci, ma jolie. Maman est bien bonne de me prévenir…

Et enfin, le comble de la logique :

“Maman viendra mercredi après-midi, M’dame !”

Euh… Ta maman est au courant que les collèges sont FERMES, le mercredi après-midi ?

Le bon côté de tout ça, c’est que quand les parents se trouvent devant nous, entourant leur petit comme les deux coquilles d’une huitre, on se dit souvent que le gnou tient plus de la perle que du diablotin !

 

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4 commentaires pour Syndrome de l’huitre

  1. pakitatina dit :

    Loup a repris les cours aussi. Remplacement dans un lycée à 45 minutes de chez nous. Au pied d’une station de ski. Tous des mordus de ski, d’escalade, de parapente.
    Les enfants ont tous leur destiné dans ces pentes neigeuses, ils ne vont au bahuts que parce qu’ils veulent leur bac au cas ou. Les parents sont blindés de tunes. Faut pas dire du mal de leurs petits qui sont des futurs blindés de tunes, y’en a même qui ont des particules, c’est dire !
    J’ai des hauts le cœurs quand il me raconte tout ça.
    Et parmi toute cette foule nauséabonde il y a un ou deux élèves qui valent le coup. Qui sont là pour apprendre, pour savoir. Est-ce que ça vaut encore le coup ? Sûrement. Il le faut, sinon ce serait le désastre.
    Ouais, j’avoue, dès que j’évoque l’état du système éducatif en France actuellement, je deviens dépressive et un tantinet négative, je l’avoue.
    Courage dans la tanière !

    • la girafe dit :

      Merci, Pakita ! Je n’en suis pas à la dépression, et il y a des moments où, ayant rencontré les parents, je compatis fortement au sort des enfants, mais j’avoue n’avoir fait qu’un très bref passage dans un bahut dit « huppé » dont le public m’avait semblé assez imbuvable. A tout prendre, je préfère mes fauves !

  2. Mistinguette dit :

    Hopopop ! Je me permets de m’immiscer, afin de relativiser quelques peu les propos ci-dessus :
    Dans TOUS les milieux, on retrouve des gens attachants et des casse-pieds, des personnes insupportables de bêtise et d’autres pétries de bonté et de générosité, des crétins et des indifférents, des amicaux et des comiques… C’est surprenant, mais c’est ça qui est bien !
    Et c’est toujours intéressant de voir le Grumeau entre ses deux parents : souvent, on comprend mieux un tas de trucs après ! :o)

  3. geta dit :

    je rajoute ma pierre à ton édifice: il y a trois semaines, un de mes élèves est venu me dire que sa mère avait dit qu’elle ne pouvait pas venir à la réunion parents -profs parce qu' »elle avait autre chose à foutre! ».. j’ai dit à mon élève de dire à sa maman que l’assistante sociale serait sans doute ravie de voir l’intérêt qu’elle portait à la scolarité de son rejeton. La semaine d’après on avait rendez vous et la dame s’est montrée empressée!
    il me reste encore trois bulletins du second trimestre mais je ne desespère pas!

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