Porté disparu

Cher lecteur, c’est une girafe légèrement perturbée qui t’écrit.

Vendredi fut une journée historique.

J’ai atteint le sommet de mon art.

J’ai perdu un élève.

Ouaip.

Call me grande déesse de la pédagogie.

Laisse-moi te présenter le héros de ce grand moment, j’ai nommé Hannibal, 1m 20 et un profil, disons… Inventif.

Hannibal est arrivé en septembre et il bosse avec enthousiasme, avec détermination, avec curiosité.

Hannibal, en dehors des qualités sus-citées, se balade avec un petit cadeau de mère-nature-la-truie (copyrigth Caro)

Il est autiste.

Rendons hommage à la remarquable pugnacité de Grand Lion : elle a obtenu les services d’une assistante de vie scolaire, bien utile pour ma pomme. Car si Hannibal ne se différencie guère de ses petits camarades en classe, se repérer dans l’établissement lui pose encore des problèmes. Heureusement, son AVS est là presque tous les jours.

Tu t’en doutes, tout le plaisir de la chose réside dans ce “presque”.

Oui, parce que le vendredi matin, l’assistante de vie scolaire n’est pas là.

Et vendredi matin, c’est cours en groupe.

Et Hannibal, outre son profil particulier, est comme tous ses petits copains : l’alternance des groupes, des semaines et la différenciation des options, il a un chouïa du mal.  Il faut dire qu’entre les cours en groupe, en classe entière, les options classiques, les options sportives, les clubs et autres sorties exceptionnelles, il faut quasiment avoir fait polytechnique SLASH les arts et métiers pour y comprendre quelque chose.  

Donc Hannibal s’est planté : il s’est pointé en français au lieu d’aller en SVT. Il faut qu’il rejoigne une autre salle. Gentiment, Zéphir, le délégué de la classe, se propose de l’accompagner. Ne pouvant abandonner les autres élèves, et ne voyant aucun surveillant à l’horizon, la girafe accepte avec inconscience totale  un grand soulagement. Elle expédie aussi trois autres p’tits loups au CDI pour récupérer des dictionnaires. Ils y vont. Reviennent. La girafe fait l’appel. Lance la séance…

“Mais… Au fait, Zéphir n’est pas revenu ?

Antonnelle-Boucle-d’Or  lève ses sages yeux bleus :

“On l’a pas vu depuis la dernière fois, M’dame !

Froncement de sourcils girafesque :

-La dernière fois ? La dernière fois que quoi ?

-Ben… Que Zéphir essayait de le monter ! lance Antonnelle qui replace ses anglaises en me dévisageant comme si je venais de remporter la palme d’or toute catégorie de l’ultra-crétinisme planétaire.

-Qu’est-ce que tu entends par là, Antonnelle ?

-Ben… Comment dire, madame… Ca avait l’air un peu compliqué !”

Franchement inquiète, la girafe commence à jeter de fréquents regards par la fenêtre. Au bout de 20 minutes, la référence à sœur Anne devenant évidente, elle se résigne à dégainer le portable pour lancer un SOS en direction du bureau de Vie Scolaire.

“Allo, les bébés guépards ? J’ai expédié Hannibal et Zéphir dans la nature, je ne les vois pas (re)venir… HELP !”

“T’inquiète, la girafe ! On s’en occupe !”

5 minutes… 10 minutes… Le téléphone resonne.

“Heu, la girafe ? On ne les retrouve pas, là !”

Mais où sont-ils passés, à la fin ? Au moment où, au comble du stress, je m’apprête sonner le branle-bas de combat au niveau supérieur (genre, INTERPOL), qui je vois enfin surgir à ma porte ?

Zéphir !

Je l’accueille à peu près comme s’il venait de traverser l’Amazone à la nage avec des enclumes aux pieds ; il faut dire qu’il est tout pâle et a l’air un tantinet fatigué. Mais il me m’assure qu’Hannibal est arrivé à bon port et je remets à la fin du cours (qui arrive assez vite) les explications subsidiaires.

Renseignements pris, il s’avère que le professeur de SVT avait exceptionnellement rallié la salle multi-média pour une séance de recherche. Déjà déstabilisé par son erreur d’emploi du temps, Hannibal a été pris de panique en constatant que la deuxième salle devant laquelle il se présentait n’était pas non plus la bonne. Résultat, il a pilé tout net, refusant de bouger. Il a fallu toute l’ingéniosité de Zéphir pour l’amener deux étages plus bas. Ne voulant pas ajouter à l’angoisse de son camarade en l’approchant de trop près, il a pris le parti de tourner autour de lui pour l’amener progressivement à destination.

Bref, il s’est tout bonnement transformé en chien de berger.

D’où son petit air flapi (et on le comprend !) à l’issue de cette manœuvre efficace, mais néanmoins laborieuse. 

Inutile de dire que j’ai remercié et félicité Zéphir de sa présence d’esprit.

Et que je me suis solennellement promis d’épiler à la cire chaude le premier politique qui me parlerait de réduction des effectifs dans l’éducation nationale, si d’aventure, j’en rencontrais un.

Parce que si j’avais pu confier Hannibal à un adulte, ç’aurait été plus simple pour tout le monde !

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5 commentaires pour Porté disparu

  1. Mistinguette dit :

    OUUUuuuuiiiiiiiiiiiiiiii ! Je veux bien participer à l’épilation à la cire chaude !
    On commence quand ???
    Et intégrale, l’épilation, hein ? ‘faut aller au bout de ses idées !
    🙂

  2. la girafe dit :

    Banquo, Mistinguette, on fait ça ensemble ! Et pour les finitions, j’ai une pince à épiler ébréchée qui fera très bien l’affaire… (Sadique, moi ? Meueueueu non !)

  3. le dinosaure dit :

    Je peux venir avec vous ? Hein je peux venir? Je veux jouer moi aussi!

  4. pakita dit :

    d’accord, mais c’est moi qui fait le maillot et les dessous de bras… gniark 🙂

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