Monsieur le Président (ou madame, sait-on jamais), je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps.
(Boris Vian, ne sors SURTOUT pas de ce corps, s’il te plaît)
Monsieur le Président, je ne connais pas l’industrie
Je ne maitrise pas l’écologie
je ne suis pas compétente en économie
Le triple A, c’est niet, même celui des andouillette, qui n’ont pas droit de cité dans mon assiette.
Monsieur le Président, qui que vous soyez, dans quelques jours, vous poserez vos fesses dans les fauteuils de l’Elysée.
Et ces fesses, j’aimerais que vous les bougiez parce que :
- Tabatha-Lysiane, arrivée au collège en septembre, ne sait toujours pas lire couramment.
Pourtant, ce n’est pas l’envie qui lui manque.
C’est plutôt la présence d’un adulte compétent qui pourrait lui faire pratiquer la lecture une demi-heure par jour. Adulte que les restrictions budgétaires ont envoyé se faire voir au Pôle-Emploi. Maintenant que j’y pense, ce même adulte aurait été bien utile à Karl-Bartholomé, débarqué sans douceur de sa Guinée natale : il a appris le français à une vitesse record mais ne maitrise pas les quatre opérations.
- Une classe de 3ème est restée 5 semaines sans prof de langue parce qu’ils avaient eu l’idée saugrenue de choisir la langue de Goethe et que, c’est bien connu, des prof d’allemand, on n’en a plus besoin. Donc y en a plus, ma brave dame.
Bon la situation a fini par s’arranger.
En allemand.
Parce que la même classe a ensuite perdu son prof de physiques qui a eu l’impudence de tomber malade. Et là encore, aucun remplacement possible.
- Titus-Marin n’apprend toujours pas ses leçons correctement. La majorité de ses petits camarades de 6ème non plus, d’ailleurs. Faut dire qu’avec les horaires qui réduisent comme peau de chagrin, caser une ou deux heures de méthodo relève de l’acrobatie pure et simple.
- Les élèves de la Tanière ont 4h 30mn de français par semaine pour engloutir un programme que l’on étudiait en 6 h 30mn il y a quelques années.
Mais qu’ai-je donc à chipoter sur la perte d’un tiers de mes horaires quand j’ai en prime le bonheur d’abandonner régulièrement mes gnous à des intervenants extérieurs sur ces mêmes horaires pour, au choix : passer l’ASSR / apprendre à composer un petit déjeuner équilibré / réfléchir sur la notion de harcèlement / s’interroger sur la notion de justice et j’en passe ?
- Eh, Monsieur le Président, pendant que j’y pense : vous allez réformer l’éducation. Si, si, ne dites pas le contraire : la réforme de l’éducation, pour un nouveau gouvernement, c’est comme la chantilly sur les premières fraises : O-BLI-GA-TOI-RE. D’ailleurs, pourquoi pas ? Y en a, des choses à changer ! A ce propos, je me permets de vous communiquer une info qui, si vous en tenez compte dans vos propos (pour commencer) pourrait éventuellement vous pépériser le quinquennat en évitant que des collègues exaspérés vous poursuivent de noms d’oiseaux dès le départ : les prof NE TRAVAILLENT PAS 18 heures. Ils sont TENUS A UN SERVICE DE 18 heures. Où est la nuance ? Ben c’est assez simple. Prenons votre exemple personnel : avant d’aller bizouiller les fossettes de Poutine, vous bossez un tantinet vos dossiers, non ? (Si ce n’est pas le cas, laissez-moi mes illusions !). Ben nous, c’est pareil. AVANT, on prépare. APRES, on corrige, on réunionne, on rencontre, on monte des dossiers… Bref, on BOSSE.
- Et last, but not least : pour faire cours, c’est pas mal d’avoir des élèves, Monsieur le Président. Alors si les gamins en situation irrégulière n’étaient pas obligés de plier les gaules en plein milieu de l’année juste AVANT de passer les examens qui pourraient leur être utiles dans le pays où ils sont reconduits avec la délicatesse que l’on connait, j’apprécierais.
Monsieur le Président, dans quelques heures, nous saurons qui sont les deux prétendants au non-trône de notre république. Pour ces deux-là, face à la victoire envisageable, les chiffres seront importants MAIS relatifs. Ca nous fera un point commun, Monsieur le Président, parce qu’en ce qui me concerne, les chiffres, je m’assois dessus. Ce sont les êtres humains qui m’intéressent, et c’est ce que vous ferez ou non pour eux qui déterminera votre valeur. Alors pas de gesticulation, bon sang ! BOUGEZ-VOUS !!!!